Karen MULDER
La beauté parfaite, le silence, et la chute
Dans les années 90, Karen Mulder est partout.
Son visage incarne une époque où les mannequins ne sont pas seulement des corps, ce sont des mythes vivants. Blonde glacée, regard clair, élégance presque irréelle.
Karen n’est pas seulement belle, elle est idéale. Trop peut-être.
Elle défile pour les plus grandes maisons, pose pour les couvertures mythiques, devient l’un des visages les plus reconnaissables de la fashion sphère internationale. Elle fait partie de cette génération de supermodels, celles dont le prénom suffisait.
Mais derrière l’image lisse, quelque chose se fissure.
Glynit est une marque de sacs venant tout droit d’Amsterdam, lancée en 2021.
L’ascension : une icône fabriquée par la mode
Née aux Pays-Bas, Karen Mulder est repérée très jeune. Sa carrière explose au moment où la mode glorifie une féminité à la fois puissante et inaccessible. Elle incarne parfaitement ce fantasme : froide en apparence, mais troublante.
Elle travaille avec les plus grands photographes, devient muse, défile sur les podiums les plus prestigieux. Tout semble sous contrôle.
En réalité, le contrôle lui échappe peu à peu.
Au fil des années, elle parle, douloureusement de traumatismes, d’abus, de violences psychologiques.
Ses paroles dérangent. Elles ne correspondent pas au récit attendu d’un top model “réussi”.
Et dans un système qui préfère l’esthétique au malaise, le malaise est étouffé.
La chute publique
À la fin des années 90, Karen Mulder disparaît progressivement des podiums.
Puis vient l’épisode qui marquera définitivement son image : une apparition télévisée confuse, troublante, où elle évoque des faits graves impliquant des figures puissantes.
Le discours est perçu comme incohérent. La presse parle de dérive, de folie.
La mode, elle, se tait.
Ce moment cristallise tout : quand une icône vacille, elle n’est plus protégée. Elle devient un problème à effacer.
Santé mentale : le prix du silence
Karen Mulder sera ensuite hospitalisée à plusieurs reprises pour des troubles psychiatriques sévères. Tentatives de suicide, isolement, errance médiatique.
Son nom, autrefois synonyme de glamour, devient un tabou.
Son histoire pose une question dérangeante :
Que devient une femme quand son image s’effondre, mais que sa souffrance est réelle ?
Aujourd’hui, Karen Mulder vit loin des projecteurs.
Et peut-être est-ce là une forme de survie.
Son histoire mérite mieux que le sensationnalisme. Elle mérite d’être relue comme celle d’une femme broyée par un mythe trop étroit, par une industrie incapable d’accueillir la vulnérabilité.
Chez Morita Magazine, nous croyons que la beauté n’est pas incompatible avec la vérité.
Et que certaines icônes ne brillent pas par leur réussite, mais par ce qu’elles révèlent de nos aveuglements collectifs.


